Séance faisant partie du Festival des Cinémas Différents et Expérimentaux de Paris.
FOCUS #6 - Matières en partage
Séance programmée par Tomaz Burlin
Le cinéma élargi désigne un ensemble de pratiques qui déplacent l’image en mouvement hors du dispositif classique de la salle de cinéma. Développées notamment à partir des années 1960, en dialogue avec la performance, l’installation, les happenings et l’art vidéo, ces formes envisagent la projection comme un matériau plastique, spatial et performatif.
Dans ce contexte, la projection elle-même devient un terrain d’expérimentation. L’écran unique peut être remplacé par plusieurs surfaces, tandis que le projecteur, la lumière, les objets, les corps et les sources sonores deviennent des composantes visibles de l’œuvre. Le film n’est plus seulement diffusé : il est activé dans un lieu, selon une temporalité et des conditions de présentation spécifiques.
Le cinéma élargi déborde ainsi naturellement le cadre de la projection traditionnelle pour prendre la forme de performances, d’installations temporaires ou de dispositifs audiovisuels, dans des lieux et des configurations très variés.
La soirée proposée par le CJC réunit trois performances qui déclinent chacune à leur manière cette relation entre image, son et dispositif. Deux forêts, d’Agnès Perrais, Julien Pluchard et Alyzée Soudet-Polaris, associe une double projection 16 mm à une improvisation sonore en direct. Submemorias de un rollo, de Labodoble — Alexandra Moralesová et Georgy Bagdasarov — mobilise trois projecteurs 16 mm et le son pour interroger mémoire, extraction des ressources et matérialité de la pellicule. REMINDER, de Méryll Ampe et Sergej Vutuc, mêle boucles 16 mm, photocopie, synthèse analogique et manipulations mécaniques ; Méryll Ampe y travaille le son en temps réel au moyen de synthétiseurs, de systèmes modulaires et de boîtes à rythmes.
Dans les trois cas, la projection devient une action : images, sons et appareils sont manipulés en direct, et l’œuvre se construit dans le temps même de sa présentation. Cette attention portée au dispositif, à l’espace et aux conditions d’activation fait de chaque performance une expérience singulière, qui ne saurait être réduite à un simple enregistrement audiovisuel.
La soirée prolonge ainsi la réflexion portée par le thème « Un.e ET Un.es » : chaque artiste y affirme une écriture personnelle, tout en inscrivant son geste dans un dispositif commun fait de collaborations, de présences, de techniques et de responsabilités partagées.


