Du 9 oct. 2026Du 09.10.26Au 18 oct. 2026Au 18.10.26 Un.e ET un.es… S’il y a une tension qui traverse l’histoire du cinéma, en particulier dans ses formes expérimentales, militantes ou « différentes », c’est bien celle qui oppose l’expression personnelle aux pratiques collectives : le film comme manière de s’exprimer à partir de l’expérience radicalement singulière et située, refusant sa dilution dans une prétendue universalité, ou le cinéma comme façon de mettre en commun, la critique de « l’auteur » devenant alors l’une des conditions d’une autre politique des images. Mais bien sûr, les pratiques elles-mêmes brouillent cette opposition. Toute expression personnelle est inséparable des conditions matérielles et des luttes collectives qui la rendent possible, et toute parole singulière porte la trace de la multiplicité des voix qui l’ont composée : « je suis déjà une assemblée générale » dit bien Judith Butler. Et faire collectivement, ce n’est pas nécessairement dissoudre les individualités dans une masse, et c’est en redistribuant les gestes et les fonctions de « l’auteur » que peuvent émerger les situations à partir desquelles des expressions radicalement nouvelles voient le jour : le « groupe opératoire », ce « réseau de responsabilités complémentaires » décrit déjà par Getino et Solanas en 1969 dans leur manifeste « Vers un troisième cinéma », serait l’une des conditions d’un cinéma proprement nouveau. C’est cette tension que nous voulons explorer dans le Focus de ce 28e Festival des cinémas différents et expérimentaux de 2026. Ni une programmation consacrée uniquement aux pratiques collectives des cinémas expérimentaux et différents, ni une célébration du cinéma comme expression individuelle. Plutôt, en suivre les frottements et chercher les points d’achoppement. D’où « Un.e ET Un.es ». Une manière peut-être de faire clin d’œil à Godard et son passage du “+” de One + One au “et” d’Ici et ailleurs réalisé avec Miéville. Dans le langage informatique, l’opérateur “ET” impose que les termes qu’il articule soient pensés ensemble, sans que leurs possibles antagonismes soient pour autant résolus. Ainsi, du 9 au 18 octobre 2026, on s’intéressera aux œuvres où des archives collectives ou anonymes deviennent la matière de paroles à la première personne, et à celles où l’expérience intime se trouve à la fois ancrée dans des communautés choisies ou assignées et traversée par des enjeux institutionnels qui la dépassent. Films et tables rondes exploreront des modes d’organisation, de diffusion et de conservation collectifs comme les conditions à partir desquelles des gestes et des voix singulières peuvent surgir et circuler. Les performances audiovisuelles et de cinéma élargi expérimenteront l’agencement des machines, des corps, des sons et des images comme production éphémère d’expériences communes, tandis que d’autres œuvres joueront avec les puissances de la superposition d’images, de corps et de temporalités. Films, performances et tables rondes investiront ainsi multiples lieux de Paris et de ses alentours, dont plusieurs nouveaux espaces tout récemment ouverts, et dont beaucoup sont par ailleurs eux-mêmes gérés collectivement : Porte 9, l’Anomalie, le Dynamo, The Wrong Side, l’AERI, Mains d’œuvre, Commune Image (nous les remercions chaleureusement de leur accueil !). La Compétition Internationale, elle aussi, se trouvera dans un nouveau lieu cette année : les six séances seront projetées au cinéma l’Archipel, en présence des cinéastes. Ce qui ne change pas, en revanche, c’est bien le travail collectif du comité de sélection, qui a sélectionné 45 films de 28 pays différents à partir de près de 1700 films envoyés. Là aussi, on doit travailler collectivement, en faisant attention à articuler les sensibilités et les intérêts cinématographiques singuliers de chaque membre du comité pour faire émerger une sélection à la fois éclectique et cohérente. La délibération du Jury, publique comme chaque année, pour rendre également visible ces autres discussions collectives, aura lieu, elle, à Commune Image, tout comme la reprise des films primés. Comme l’année dernière, une soirée « Off », cette fois-ci s’interrogeant sur la dialectique aliénation-minorité, se tiendra le lundi 12 octobre à Un lieu pour respirer, aux Lilas, proposée et coordonnée par Frédéric Tachou au nom de Soirées Off FCDEP et par Pierre Merejkowsky au nom de L’espace de confrontation aliénation minorité. Enfin, le programme comprend aussi une séance Jeune Public à la Halle des Épinettes, conçue par Pétronille Malet à partir du catalogue du CJC, ainsi qu’une programmation dédiée aux cinéastes de moins de 18 ans, à l’Archipel le samedi 17 octobre. Voir l’agenda