focus #5 - SURIMPRESSIONS CONSTITUANTES

Soirée programmée par Charlie Hewison

mer. 14 octobre 202614.10.26
19H30—23H00
L'Aeri (57 Rue Etienne Marcel, 93100 Montreuil)
Tarif
Prix libre

focus #5 - SURIMPRESSIONS CONSTITUANTES

Soirée programmée et présentée par Charlie Hewison - En présence de Marylène Negro

Au cinéma, peut-être que la surimpression peut se penser comme la technique la plus apte à explorer les relations multiples entre singularités et collectif. Des images se confrontent non seulement de manière séquentielle, mais aussi dans l’épaisseur du champ, nous forçant à les appréhender les unes à travers les autres. Elles ne fusionnent pas vraiment, chacune persiste, toutes s’affectant et se transformant mutuellement. Émerge donc un champ commun, une texture à multiples strates. Cela n’implique pourtant pas nécessairement une coexistence harmonieuse. Une image peut carrément en recouvrir une autre, la rendant presque imperceptible, les formes peuvent perdre leurs contours, les visages leur individualité. Tension donc dans la surimpression, entre apparition et disparition, différenciation et indiscernabilité. Peut-être qu’en même temps cela permet de produire d’autres singularités : de gestes, de silhouettes, de durées, d’intensités… Peut-être découvre-t-on qu’il y a des singularités qui ne précèdent pas la relation pour devoir lui survivre intactes, mais qui se constituent et se reconstituent plutôt à travers elle.

Surimpressionner, ça ouvre aussi la possibilité de faire se toucher des époques et des lieux éloignés. Des gestes séparés par des décennies ou des kilomètres occupent tout d’un coup un même cadre. Les morts peuvent habiter les mouvements des vivants, et une lutte présente peut devenir visible à travers les traces de celles qui l’ont précédée. Dans ce sens, les films permettent la composition de collectifs - collectifs de personnes, collectifs de gestes, collectifs de formes, etc. - qui débordent même la coprésence des corps, cherchant ou inventant les récurrences et/ou les résonances.

Marylène Negro et le Colectivo Los Ingrávidos sont peut-être les cinéastes du cinéma expérimental contemporain qui explorent le plus profondément dans leurs œuvres les dimensions à la fois esthétiques et politiques de la surimpression, jusqu’à en faire presque un principe structurant de leurs approches respectives. Pour cette soirée, nous verrons comment la trilogie Faces in the Crowd du Colectivo fait des manifestations commémorant le massacre de Tlatelolco le lieu d’une exploration de la lutte collective dont la densité croissante semble rendre la surimpression progressivement nécessaire. Révolution française (rappel) de Negro, projeté ici en première parisienne, est le prolongement de X+ (2010), film qui, selon Nicole Brenez, inventait une nouvelle forme de montage, sondant aussi bien la profondeur que l’étendue, la verticalité que l’horizontalité. Cette fois, la cinéaste superpose des scènes venant de 95 films sur la Révolution française, constituant un rappel, s’il en fallait un, de ce qui peut être fait contre les fascismes qui montent encore aujourd’hui.

Ensemble, les films de cette séance explorent donc les puissances de la surimpression pour faire du cinéma non seulement le lieu où un collectif se représente, mais celui où ses conditions d’apparition peuvent être expérimentées.

 

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