Séance faisant partie du Festival des Cinémas Différents et Expérimentaux de Paris.
FOCUS #1 - FIND YOUR FOOTAGE
co-programmée par Pétronille Malet et Ellis Laurens, avec le collectif Deficit
Conçue en partenariat avec Deficit, collectif pluridisciplinaire faisant dialoguer arts visuels, performance, son et technologies numériques, cette soirée d’ouverture de la 28e édition du Festival des Cinémas différents et expérimentaux de Paris débute avec une programmation de films réalisés à partir de matériaux trouvés sur internet (net found footage). Cette approche fait particulièrement écho à la question posée par la thématique du Focus de cette édition “Un.e ET Un.es…” . En effet, si la problématique n’oppose pas strictement expression personnelle et pratique collective mais s’intéresse plutôt à leurs frottements, leurs interdépendances et à la redistribution des gestes traditionnellement associés à l’auteur·ice, alors le net found footage semble mettre cette réflexion directement en pratique, en faisant émerger un geste cinématographique singulier à partir d’images produites par d’autres et à d’autres fins.
Le réemploi des images est presque aussi ancien que le cinéma lui-même, mais le found footage devient véritablement une pratique artistique et politique lorsque le réemploi n’est plus seulement un moyen d’obtenir des images, mais le principe même du film : lorsque le sens ne précède plus le matériau mais qu’il surgit de sa reprise, de son déplacement et des relations produites par le montage. Cette pratique est particulièrement répandue dans le cinéma expérimental car elle permet une liberté presque infinie tout en garantissant une économie de moyens. Plus spécifiquement, le net found footage puise sa matière première dans la masse d’images collectives, anonymes et circulantes présentes sur internet.
Les films de cette séance témoignent de la richesse intrinsèque aux réseaux qui constituent internet, et de leur nécessité en termes de bulles d’expression et de résistance. Leur interconnexion structurelle permet de dresser des architectures esthétiques, politiques, symboliques et sociales qui favorisent l’échange et le partage. Ces œuvres extraient leurs pixels de flux tant impersonnels qu’interconnectés, vaporisant dès lors la notion d’auteurices au profit d’un magma d’identités et de sensibilités diverses. Le principe-même d’Internet, comme archive mouvante, tissu sémantique et communauté virtuelle permet l’exercice de ces pratiques de collage vidéo, et prône ainsi une potentialité créatrice sans réel début ni fin identifiable.
Au-delà de la projection, la soirée se construit autour d’un dispositif poreux et évolutif conçu avec le collectif Deficit, dans lequel les images, les rôles et les espaces circulent : la soirée accueillera un dispositif de VJing participatif mené par les artistes Noiram, FrenchFox et Rale et se prolongera sur un DJ set d’Asha. L’artiste plasticienne Maïlys Cluzet présentera une installation inspirée des systèmes objets-machines-images propres au dispositif cinématographique analogique. Enfin tout au long de la soirée, une caméra sera mise à disposition des spectateur-ices afins qu’ielles fabriquent un film collectif pendant l’évènement, qui sera diffusé en direct : il ne s’agit plus uniquement de trouver des images existantes, mais de trouver son propre point de vue, de prendre la caméra, de cadrer, de transmettre l’appareil à quelqu’un-e d’autre, de refilmer ce qui est déjà projeté ou performé. Le « footage » n’est plus seulement un matériau préalable au film ; il se fabrique au présent.










