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[CONFERENCE : Influences directes ou indirectes du cinéma expérimental sur le cinéma traditionnel de fiction]

le 19/10/2013 à 14h00

Lieu : Les Voûtes, Paris 13e


« Sans décoration ni collier d’ordre, j’aurai l’air aussi nu qu’une volaille plumée parmi tous ces oiseaux constellés de médailles dit-il en riant.  » (Dos Pasos, Terre élue)

« Des influences directes ou indirectes du cinéma expérimental sur le cinéma traditionnel de fiction » est une modeste tentative pour vulgariser le cinéma expérimental auprès des amateurs accoutumés aux règles du cinéma traditionnel. Chaque intervenant (cinq en tout) ne fera qu’esquisser un chapitre où s’entremêlera donc expérimental et pure fiction, mais contredira à coup sûr une histoire du cinéma bien plus complexe (voire confuse) que celle autoritaire et exclusive qu’on nous a laissé paraître jusqu’ici.


«  Ce ne sont pas des cinéastes expérimentaux (du moins strictement expérimentaux) qui ont trouvé les principaux trucs ou figures dont jouent à l’envi les films expérimentaux  : le montage rapide, pouvant culminer dans des successions de plans de quelques photogrammes seulement, est inventé par Gance dans son Napoléon (1927) ou Vertov dans L’Homme à la caméra (1929), le figement subit de l’image par René Clair dans Paris qui dort (1923). Et ne parlons pas de la surimpression, connue dès Méliès. Quand le cinéaste expérimental commence, l’expérimentation est souvent déjà faite  : simplement, il va l’utiliser systématiquement, non comme une expérimentation, justement, mais comme un élément formel, comme un pion dans une stratégie plastique. En vérité, nous sommes dans deux mondes séparés, où les choses n’ont pas le même sens. Et la Symphonie diagonale, film abstrait de Viking Eggeling (1924), n’est pas plus l’avant-garde de La Règle du jeu (1939) ou de L’Avventura (1960) qu’un poème phonétique d’Hugo Ball n’est l’avant-garde d’un roman de Virginia Woolf ou qu’une pièce de musique électro-acoustique n’est l’avant-garde d’une comédie musicale à claquettes. Le film expérimental et le film narratif pour grand public obéissent à des logiques différentes et les innovations qui font avancer l’un n’intéressent que rarement l’autre  : l’un, comme on a vu, bouge au gré des grandes révolutions artistiques, car c’est en somme un art plastique ou un cousin des arts plastiques  : l’autre au gré des révolutions littéraires ou des changements socio-politiques (voyez le néo-réalisme, la Nouvelle Vague). Car l’un est plutôt du côté des formes et l’autre du côté des significations.  » (Dominique Noguez, Le cinéma autrement)

Des pionniers seront abordés ou simplement cités pour revoir et mettre à mal une histoire du cinéma universitaire, dogmatique et inébranlable  : Esther Shubb, Lev Koulechov, Slavko Vorkapich et le phénomène des premiers ciné-clubs dans les années 20.

Des phénomènes esthétiques et graphiques comparaîtront  : le générique de film (Saul Bass, Maurice Binder), la publicité et le clip. Et comment ils entretiennent des liens très étroits avec le cinéma expérimental. On s’intéressera aussi bien à des exemples particuliers que généraux  : Godard et son inspiration du cinéma lettriste (1), Hitchcock et la London Film Society, Kubrick et ses goûts expérimentaux repoussant les limites formels de la fiction (le cas de 2001 est exemplaire), le phénomène du Datamoshing, Kenneth Anger et son héritage monstrueux pour des générations de cinéastes  : Lionel Soukaz, Pierre Clémenti, Rainer Werner Fassbinder, Ken Russell, Kathryn Bigelow, David Lynch, Martin Scorsese…

Des partenariats étonnants seront évoqués  : Jean Painlevé et Jean Vigo, Salvador Dali et Luis Buñuel, Len Lye et Alfred Hitchcock, Oskar Fischinger et Walt Disney, Pat O’Neill et Melvin Van Peebles, Scott Bartlett et Francis Ford Coppola…

«  - Quel est le cinéaste qui vous a le plus influencé  ?

- Abe Zapruder.

- Comment l’épelez-vous  ?

- K-E-N-N-E-D-Y.  » (Special Effects de Larry Cohen)

Des bouleversements historiques et sociaux (Maccarthysme, Vietnam…) seront tout aussi déterminants pour évoquer l’impact médiatique des images amateurs de Zapruder (l’assassinat de Kennedy en 1963) comme celles anonymes et collectives des attentats du World Trade Center (2001), et l’influence toujours prégnante aujourd’hui de ces images dans le film horrifique de «  faux  » found footage (Cloverfield, Redacted, Chronicle). Et comment ce bouleversement social ira de pair avec celui esthétique qui n’épargnera pas une nouvelle génération d’auteurs avides d’images nouvelles et radicales du moment qu’elles réinventent la perception. En effet, l’influence des cinéastes expérimentaux comme Stan Brakhage, Paul Sharits, Ken Jacobs, Andy Warhol, Peter Kubelka, Jonas Mekas, Maya Deren ou Hollis Frampton sur des cinéastes comme Tobe Hooper, Brian De Palma, Paul Schrader, ou encore David Lynch, est criante dans certains de leurs films (et grâce à la complicité du programmateur Amos Vogel ou des professeurs Haig Manoogian et Wilford Leach aux États-Unis).

«  C’est au cours des années soixante que le film indépendant centre son intérêt non plus sur l’érotique du corps mais sur un autre objet premier de désir  : le corps du cinéma lui-même.  » (Annette Michelson, Peinture, cinéma, peinture)

On verra également comment, en France, l’importance d’une chaîne comme l’ORTF et son influence doit être déterminée et réévaluée aujourd’hui, ainsi que Jean-Christophe Averty, précurseur de l’art vidéo.

Enfin, il sera question des aspects techniques (2) interdépendants d’expérimentations nouvelles pour raconter le futur, l’improbable ou l’irreprésentable  : The Trip, Le Mystère Andromède, La Planète des singes, la saga Star Trek, Tron, Le Trou noir, Star Wars (et le Sound Design), Superman, Au-delà du réel, Wolfen, Predator, Elmer le remue méninges…

«  La tireuse optique ou truca fait passer les effets spéciaux de l’ère de l’artisanat à l’ère industrielle. Mise au point en France par Debrie en 1924, puis par Linwood Dunn aux USA en 1929, elle permet de relier entre elles différentes images et leurs caches sans aucune difficulté. En facilitant le compositing d’images, elle favorise le développement d’effets en tous genre, du décor basique au monstre géant.  » (Réjane Hamus-Vallée, Les effets spéciaux)

Et nous n’oublierons pas d’évoquer certains films inclassables (3) pour leurs défis techniques (et esthétiques) à rebours du train-train productif d’un certain âge d’or  : Lifeboat (1943) et La Corde (1948) de Hitchcock (4) (une longue transparence d’une heure et demie pour l’un, le plan séquence truqué pour l’autre), La Dame du lac de Robert Montgomey (1947) (la vision subjective continue), The Thief de Russel Rouse (1952) et Hic de Gyorgi Palfi (aucune ligne de dialogue  !), Happy End de Oldrich Lipsky (le film est entièrement à l’envers), Themroc de Claude Faraldo et les langues perdues ou oubliées de La Passion du Christ ou d’Apocalypto de Mel Gibson…

D’autres facteurs historico-esthétiques seront évoqués lors de cette conférence qu’on vous promet riches de documents visuels détournés, rares ou oubliés.

«  Donnons de l’espace en plus, des moments sans rien, des sons immotivés – voilà la subversion expérimentale  » (Dominique Noguez, Éloge du cinéma expérimental)

Évidemment, vous l’aurez compris, il s’agira d’un pot pourri absolument non exhaustif pour trois raisons essentielles.

La première  : la durée nous sera limitée face à l’ampleur du sujet traité.

La deuxième  : une Histoire du cinéma doit être renouvelée urgemment pour rompre avec celle universitaire ou opportuniste et mercantile qui assied, toujours plus, la politique des auteurs. Ne vous méprenez pas, on se sert d’eux afin de mieux vendre les produits dérivés qui leur sont rattachés.

La troisième  : cette conférence doit être poursuivi et compléter par chacun d’entre vous afin d’aiguiser nos perceptions pour qu’elles soient plus critiques et performantes.

«  Le capitalisme s’y prend toujours de la même manière pour neutraliser une force contestataire, il la couvre d’or, du coup elle n’est plus du tout contestataire, et rentre dans le rang.  » (De Palma à propos de Get to know your rabbit dans Brian De Palma, Entretiens avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud)





Conférence animée par Derek Woolfenden

Les intervenants à cette conférence, dont les idées de chacun ont inspiré ce texte,  sont Fabien Rennet, Yves-Marie Mahé, Julien Bibard, Emeric de Lastens et Derek Woolfenden.

Remerciements tous particuliers à Colin Verot, Patrick Fuchs, Guillaume Lebourg, Stéphane du Mesnildot, David Matarasso, Christophe Bichon (Light Cone), Martin Zarka (Blast Production) et à l’Association Curry Vavart.



NOTES

(1)
«  Ce ne sera pas long, ça tient en une phrase  : Godard a tout piqué à Maurice Lemaître  !  » (Yves-Marie Mahé)

(2) Des effets spéciaux sur le tournage (Cocteau) à la post production du film (Epstein).

Des effets d’optique de Pat O’Neill à Peter Kuran et Douglas Trunbull.

Du travail des lumières d’un Mario Bava, d’un Ken Middleham ou d’un Jack Cardiff aux maquillages de Cecil Holland, Lon Chaney, Perc Westmore, Maurice Seiderman, Jack Pierce, Jack Dawn, Rob Bottin, Dick Smith...

De la rétroprojection (ou «  transparence  »), de la projection frontale (Walter Thorner) et de l’image par image (Ladislas Starewitch, Alexandre Alexeieff, Willis O’Brien, Norman McLaren, Karel Zeman, Ray Harryhausen, Phil Tippet) à la tireuse optique (Linwood G. Dunn, John P.Fulton, Pavel Klushan).

La perspective forcée, la maquette (Gordon Jennings), la peinture sur verre (Albert Whitlock), le matte painting (Eugen Schüffan), le travelling matte («  cache en mouvement  »  : Fleischer, Disney), l’animatronique (Stan Winston), le numérique (morphing, mapping, key frame, motion capture, rotoscopie), les expériences bruitistes et sonores (Murray Spivack, Jimmy Mc Donald, Ben Burtt)…

(3) D’autres films, singuliers, sont à citer  : Le mystère Picasso et L’Enfer de Henri-Georges Clouzot, House de Nobuhiko Obayashi, Suspiria de Dario Argento, Sombre de Philippe Grandrieux, Zidane, un portrait du XXIe siècle de Douglas Gordon et Philippe Parreno, Amer de Hélène Cattet et Bruno Forzani, la plupart des films de Sogo Ishii…

(4) Et les dérivés des films en temps réel  : Phone Game (Joel Schumacher, 2002), Douze hommes en colère (Sidney Lumet, 1957), Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda, 1962), Le train sifflera trois fois (Fred Zinnemann, 1952), Before Sunset (Richard Linklater, 2005), 16 blocs (Richard Donner, 2006), Tape (Richard Linklater, 2001), 11  : 14 (Greg Marcks, 2003), Silent House (Chris Kentis et Laura Lau, 2012). Merci à Topito (sur le net) pour cette liste  !



 



en association avec Curry Vavart