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[OUVRIR L'ARCHIVE : table ronde]

le 18/10/2013 à 14h00

Lieu : Les Voûtes, Paris 13e


Cette table ronde regroupe des jeunes chercheurs, choisis en fonction de leurs compétences respectives et parcours professionnels, qui touchent un spectre ample de la question (à la fois d'un point de vue théorique et pratique). Chacun à leur tour les intervenants sélectionneront un objet (et pas nécessairement des images en mouvement) qu'ils réputent emblématique ou problématique. Le débat s'articulera par la suite sur des questions de «  mise en exposition  », au sens large, des matériaux d'archives. Comment montrer l'archive? Qu'il s'agisse d'images, de manifestations artistiques, de la programmation, ou encore de l'exposition de matériaux non-filmiques, les réponses ne peuvent pas être univoques. Cet espace de discussion se veut précisément comme le lieu de problématisation de ces pratiques, étant donné que «  l'archive  », peu importe sa nature, reste, par essence, inépuisable et forcement inaccessible dans son intégralité.



Ce vaste thème («  l'archive  ») est suffisant à donner le vertige, surtout au vu de la littérature inhérente au sujet, qui s'avère être de plus en plus conséquente. N'étant pas question ici de résumer l'état de la recherche autour de cet objet, il vaudrait mieux alors rechercher quelques raisons personnelles qui m'ont poussées à concevoir cet espace de réflexion à l'intérieur du festival. Qu'est-ce que m'attire dans les archives? J'y a travaillé pendant un certains temps, à la fois en tant que chercheur et comme «  archiviste  » au sens propre, et je pense que, en ce qui concerne celles qui touchent au film, leur attrait dérive essentiellement d'une rencontre: celle avec la matière pelliculaire. Dans les tâches quotidiennes de n'importe quelle cinémathèque le rapport à la matière est la relation vitale de l'archiviste. Toutefois c'est précisément à partir de cette relation très concrète que la pensée autour de l'archive peut se dégager.

Il suffit de jeter un coup d'oeil aux étagères remplis de bobines pour que des questions surgissent spontanément  à l'esprit: je n'aurais jamais le temps de tout voir, ni de tout connaître de ce qu'elles contiennent. Non seulement le temps me fait défaut, mais la connaissance aussi. Que dire en effet de ces dépôts qui demeurent inconnus, des bribes de pellicules anonymes et souvent non datées qui inévitablement apparaissent dans ces lieux? Ces objets, qui m'ont précédé et qui me survivront, deviennent la source d'un questionnement inépuisable. Finalement c'est une interrogation que le travail de recherche ne fait qu'amplifier et, au lieu de vider ces objets de mystère, en souligne le côté ambigu ou encore leur ductilité. Certains peuvent s'en approprier: quelques uns s'en servent aux fins d'une création artistique (les cinéastes qui relèvent de la production que l'on nomme, non sans imprécision, found footage), d'autres (commissaires ou programmateurs) s'attachent à trouver une forme de les montrer. «  Ouvrir l'archive  »: pourquoi ce titre? Etymologiquement, l'archive serait précisément un lieu auquel l'accès n'est pas ouvert (comme l'a très clairement affirmé Derrida dans son Mal d'Archive). Et justement à cause de cet accès restreint et sélectif, il y a des figures qui prennent en charge la tâche d’interpréter les contenus de l'archive.

Le point de départ de cette table ronde devrait être alors une considération très simple et pourtant souvent oubliée: chaque geste de «  monstration  » concernant les archives devient opération herméneutique, et donc non-neutre. Celui qui s'intéresse aux archives doit évidemment effectuer un choix, une sélection. Et la valorisation des contenus suit ce même principe. Le soin apporté n'est jamais innocent: pour quelque chose qui s'expose, qui est donné à voir, il y aura toujours des éléments destinés à rester dans l'ombre. Et encore, opérer une sélection, il s'agit de voir quelle lecture s'impose sur l'objet, ou quelle est sa mise en perspective, quel cadre et quelles clefs de lecture apporter. Les conditions de «  monstration  » des objets issus des archives s'avèrent être le noeud cruciale dans leur découverte, une forme d'écriture qu'il faudra questionner. E.C.



Enrico Camporesi écrit sur les images mobiles pour plusieurs revues et il est rédacteur de La furia umana. Il prépare une thèse en cotutelle sur des problèmes de restauration et muséologie du cinéma expérimental à l'Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 et à l'Université de Bologne. Il travaille aussi en tant que programmateur, collaborant notamment avec le département film du Centre Pompidou.



Intervenants:

Anna Briggs, doctorante à l'Université Paris 7 – Paris Diderot, est archiviste du patrimoine cinématographique et audiovisuel. Elle est spécialisée dans la conservation du cinéma amateur et documentaire, les pratiques curatoriales, la programmation et l'éducation à l'image.

Lydie Delahaye, diplômée des Beaux-Arts de Paris, est doctorante à l'Université Paris 8 – Vincennes-Saint-Denis. Sa recherche en cours, sous la direction de Christian Delage, porte le titre Déterritorialisation du film d'archive : statut et enjeu des films d'archives au musée.

Adeena Mey  est critique et chercheur dans le cadre du projet «  Cinéma exposé  » mené à l'École cantonale d’art de Lausanne. Parmi ses publications récentes: «  Cinéma élargi  »,  Décadrages. Cinéma, à travers champs, n.  21-22, 2012 (co-édité avec  François Bovier) et «Rancière as Foucauldian  ?  » in Foucault, Biopolitics and Govern- mentality  (Jakob Nilsson & Sven-Olov Wallenstein éds.), Södertörn Philosophical Studies, 2013.

Martina Panelli, doctorante en cotutelle à l'Université Paris 8 – Vincennes-Saint-Denis et à l'Université de Udine, écrit actuellement une thèse sur le rapport entre réécriture et autoportrait notamment dans le film de found footage au féminin. Elle a publié des textes dédié au cinéma expérimental (sur cinéastes tels Louise Bourque ou Heinz Emigholz) et fait partie de la rédaction de Digicult.