english version

Ressources audiovisuelles
Festival 2020

Il n'y a pas de ressources audiovisuelles pour cette édition

[FOCUS : ARCHIVE #1 : PAYS BARBARE]

le 16/10/2013 à 20h00

Lieu : Les Voûtes, Paris 13e


Pour cette séance d'ouverture de la 15e édition du Festival des Cinéma Différents et Expérimentaux de Paris, nous aurons le plaisir de découvrir le dernier film de Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi dont la démarche et la réfléxion ont largement inspiré la thématique "Archives" de l'édition de cette année.



PAYS BARBARE (2013) Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi· 65'



«Nous nous penchons sur des matériaux filmiques sur l’Éthiopie coloniale italienne (Abyssinie), récemment découverts dans des archives de particuliers. Nous étudions à la loupe les photogrammes sur la colonisation, et transcrivons leurs légendes. Ces matériaux devaient être visionnés à la maison, en silence. Dans ces fragments de films, on remarque, en les regardant sans projecteur, les traces de ceux qui les ont possédés, les moments du film qu’ils ont le plus vus. Notre double lecture passe par les images et par la façon dont elles étaient vécues. Une Éthiopienne à genou, le sein à l’air, un soldat barbu qui lui lave symboliquement les cheveux; des termes récurrents (barbare, primitif, pillard, bigamie) reviennent dans les légendes. Nous avons trouvé aussi beaucoup de séquences militaires illustrant la violence des Italiens lors de la conquête de l’Éthiopie et la phrase suivante: «Pour ce pays primitif et barbare, l’heure de la civilisation a sonné.» Voilà des fragments de l’image de Mussolini en Afrique: il fallait communiquer avec les masses à travers les caractéristiques physiques de sa personne, qui doit apparaître comme une icône unique et incomparable.» (Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi)



Les réalisateurs ne pouvant être présents à la projection, ils ont transmi le texte suivant à Sylvie Brenet (Les Films d'Ici) qui en a lu un extrait lors de la présentation de la séance :

SIECLE-CHIEN-LOUP

Maintenant plus que jamais nous demandons de pouvoir réaliser le projet Siécle - Chien - Loup qui cherche à nous dévorer. C’est un 'Enfer dantesque' dans lequel toute espéce façon de corruption, de crime, de guerre, de pouvoir - coquin, d'irrespect pour l'être humain, prospère et s'engendre. Un robot vorace qui bouleverse les infinis protagonistes sans visage et sans histoire, objets, instruments passifs du sous-développement, du chômage, de l'injustice planifié devenue système, de l'inique distribution des ressources de plus en plus limitées surtout si on les rapporte à l'accroissement démographique, des mécanismes sociaux qui génèrent l'indigence et la mise en marge.

Maintenant, ici, le racisme se répand. La mort jette dans l'anonymat les pauvres et les vagabonds, nulle trace ni histoire, nul dossier médical ni rituel familier. La sélection sociale opère avec une terrible inéluctabilité.

Une effroyable invasion de mendiants, de traîne-savates et d'affamés provoque l'angoisse. Des étrangers inquiétants, répugnants, menaçants, deviennent presque les personnages-clés de la scéne.

Ils suscitent l'horreur, le dégoût et le mépris chez ceux qui les observent...

On s'arme pour chasser les pauvres, pour les renvoyer dans leur enfer d'origine. Il en va du combat contre le terrorisme.

Notre travail est une lutte contre la violence. Violence sur l'environnement, violence sur les animaux, violence de l'homme sur l'homme, et sa manifestation ultime, la guerre. Mais tourmentés et découragés, nous nous demandons parfois pourquoi nous continuons à nous battre? L'Europe s'est suicidée avec les Guerres Mondiales, avec les dictatures terrifiantes.

Aujourd'hui elle se désintègre avec le racisme, elle rejette ceux qui fuient la guerre et la famine, et accepte qu'ils se perdent en mer. Pierre Bourdieu a anticipé le futur dans son livre, La Misère du Monde. Nous sommes particulièrement sensibles au mot 'exil', il fait partie de notre lexique familier, comme pour tout Arménien.

Nous utilisons depuis toujours les documents d'archive, que nous retravaillons jusqu'à les faire nôtres. Les archives ne nous intéressent pas par elles-mêmes, même si nous en avons une bonne connaissance. Nous ne sommes pas des philologues, nous ne sommes pas non plus des archéologues ou des entomologistes comme on nous définit par fois. Nous utilisons le passé pour le présent. Pour nous, seul le présent existe.

Le philosophe Gian Battista Vico a défendu une théorie cyclique de l'histoire, selon laquelle nous ne serions pas à l'abri d'un retour de la barbarie.

Nous assistons à notre époque, encore une fois, à un exfoliement progressif et à la perte de signification des valeurs. A un certain point le fascisme deviendra, en ce temps-là comme aujourd'hui, l’instrument tout court d’une simple, brutale, destruction répressive.


Angela Ricci Lucchi et Yervant Gianikian

 

 






Programme :

  • Pays Barbare (2013)
    de Yervant Gianikian